La capacité juridique du mineur : qui peut décider ?

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Lorsque tu es mineur, tu disposes de droits comme toute autre personne. Tu as par exemple le droit d'être soigné, d'exprimer ton opinion ou encore de protéger ta vie privée.

En revanche, cela ne signifie pas que tu peux exercer seul tous ces droits ou accomplir tous les actes juridiques. La loi considère qu'avant 18 ans, tu n'as pas toujours acquis l'expérience ou la maturité suffisante pour mesurer les conséquences de certains actes juridiques. C'est pourquoi elle prévoit un système destiné à te protéger.

En principe, ce sont donc tes parents (ou, dans certaines situations, ton tuteur) qui exercent tes droits en ton nom et prennent les décisions juridiques qui te concernent.

Cela ne signifie toutefois pas que tu ne peux jamais décider par toi-même. Plus tu grandis et gagnes en maturité, plus la loi te reconnaît une place dans les décisions qui te concernent.

Cette fiche t'explique :

  • qui prend les décisions pour toi lorsque tu es mineur ;
  • dans quels cas tu peux agir seul.

Qui prend les décisions pour un mineur ?

1.       Le principe : tes parents exercent l'autorité parentale

Jusqu’à tes 18 ans, ce sont tes parents qui exercent l'autorité parentale à ton égard.

L'autorité parentale regroupe l'ensemble des droits et des devoirs que les parents exercent dans ton intérêt. Ils doivent notamment veiller à ta santé, à ton éducation, à ta sécurité et à ton développement. Ils assurent également la gestion de tes biens dans ton intérêt.

Dans le cadre de cette mission, ils prennent les décisions juridiques que tu ne peux pas encore accomplir seul et te représentent lorsque cela est nécessaire.

L'autorité parentale doit toujours être exercée dans ton intérêt et en tenant compte de ton âge, de ton degré de maturité et de ton opinion. Plus tu grandis, plus tes parents doivent t'associer aux décisions qui te concernent.

Remarque : si un des parents décède, l'autre parent continue, en principe, à exercer seul l'autorité parentale.

2.       Le tuteur

Si aucun de tes parents ne peut exercer l'autorité parentale (par exemple en cas de décès), un tuteur est désigné par le juge de paix pour te représenter et gérer tes intérêts.

Le juge de paix désigne également un subrogé tuteur. Son rôle est de contrôler la gestion du tuteur et de veiller à ce que celui-ci agisse dans ton intérêt.

3.       En cas de conflit d'intérêts : le tuteur ad hoc 

Il peut arriver que tes intérêts soient opposés à ceux de tes parents ou de ton tuteur. Par exemple, lorsqu'un acte juridique les concerne également ou lorsqu'ils refusent d'accomplir un acte indispensable à la protection de tes droits.

Dans ces situations, le juge peut désigner un tuteur ad hoc. Cette personne aura pour seule mission de te représenter pour cet acte ou cette procédure particulière.

Les différents degrés d'autonomie du mineur

En principe, un mineur ne peut pas accomplir seul des actes juridiques. Cette règle vise à le protéger jusqu'à sa majorité. Cependant, cette protection n'est pas identique dans toutes les situations. Selon l'acte concerné, ton âge, ton degré de maturité ou encore ce que prévoit la loi, tu peux disposer d'une autonomie plus ou moins importante.

On peut distinguer quatre situations :

1.       Tu ne peux pas décider seul : la représentation par tes parents

Le principe, comme tu es mineur, est que tu dois être représenté par tes représentants légaux (parents ou tuteur) pour pouvoir poser des actes juridiques. Ils doivent agir à ta place.

2.       Tu participes à la décision : une autonomie progressive

Pour certaines décisions, même si tes parents exercent seuls l'autorité parentale, la loi exige ton consentement ou reconnaît que tu disposes d'un pouvoir de décision qui s'ajoute à celui de tes parents.

Par exemple, à partir de 16 ans et si un pédopsychiatre attesta que tu disposes d'une faculté de discernement suffisante, tu peux faire une déclaration de changement de sexe à la commune, mais tu devras être assisté de tes représentants légaux.

Parfois, la loi ne fixe pas d'âge précis. Elle prévoit que le juge ou le professionnel concerné apprécie si tu es capable de discernement. Le discernement est la capacité de comprendre une situation, d'en mesurer les conséquences et de prendre une décision de manière réfléchie. Il n’y a pas d’âge fixe définit par la loi.

Par exemple, si tu es capable de discernement, tu peux demander une euthanasie, avec l'accord de tes représentants légaux.

3.       Tu peux agir seul dans certains cas prévus par la loi

Dans certaines situations, la loi prévoit expressément qu'un mineur peut accomplir seul un acte ou participer à une décision.

Il peut s'agir d'un âge précis (par exemple 12 ou 16 ans) ou de la condition d'être capable de discernement.

Par exemple, si un médecin estime que tu es capable d'apprécier raisonnablement tes intérêts, tu exerces toi-même les droits du patient. Tu peux notamment consentir ou refuser un traitement, accéder à ton dossier médical ou décider qui peut recevoir des informations sur ton état de santé.

Les principales situations dans lesquelles la loi t'autorise à agir seul sont reprises dans le tableau ci-dessous.

4.       Les actes de faibles importance/de la vie quotidienne

La loi ne prévoit pas tout. Les tribunaux et les auteurs de droit ont admis qu'un mineur pouvait accomplir seul certains actes de la vie courante, adaptés à son âge et qui ont des conséquences limitées.

Par exemple, tu peux acheter un ticket de cinéma ou un sandwich.

5.       L’émancipation

L'émancipation permet au mineur de minimum 15 ans d'acquérir, avant ses 18 ans, une capacité juridique plus étendue et d'accomplir lui-même la plupart des actes de la vie civile, dans les limites prévues par la loi.

Dans des cas exceptionnels et rares l'émancipation judiciaire est accordée par le tribunal. L’autre moyen d’être émancipé est par le mariage. Pour en savoir plus, consulte notre fiche consacrée à l'émancipation.

Principales situations dans lesquelles un mineur peut agir seul ou participer à une décision.

Attention : cette liste n'est pas exhaustive. D'autres lois peuvent également prévoir des droits ou des exceptions particulières.

Domaine

Peux-tu agir seul ?

Soins de santé

Oui, si le professionnel de la santé estime que tu es capable d'apprécier raisonnablement tes intérêts. Dans ce cas, tu exerces toi-même les droits du patient.

Par ailleurs, en fonction de ton âge et de ta maturité, le médecin pourra décider que tu dois être associé aux décisions qui te concernent.

Être entendu par un juge

Oui.  Tu as le droit d’être entendu afin d’exprimer ton avis, même si tu ne disposes pas d’un pouvoir de décision, dans toutes les procédures judiciaires et administratives qui te concernent

À partir de 12 ans, tu en es informé automatiquement. Avant 12 ans, tu peux également demander à être entendu.

Adoption

Oui. À partir de 12 ans, ton consentement est nécessaire pour que ton adoption puisse avoir lieu.

Filiation

Oui. À partir de 12 ans, ton accord est nécessaire dans certaines procédures visant à établir un lien de filiation à ton égard.

Aide du SAJ

À partir de 12 ans, tu dois donner ton accord aux mesures d'aide individuelle proposées par le SAJ. Jusqu'à 14 ans, tu dois être assisté par un avocat. À partir de 14 ans, cette assistance n'est plus obligatoire.

Don d'organes après ton décès

Oui. Tu peux t'opposer au prélèvement de tes organes après ton décès.

Prélèvement d'organes de ton vivant

Oui, à certaines conditions et si tu es capable de discernement, tu peux consentir à ce qu’on prélève un de tes organes pour le donner à ton frère ou ta sœur.

Contrat de travail

Tu peux conclure un contrat de travail avec l'accord expresse ou tacite de tes parents. En cas de refus injustifié, tu peux demander l'autorisation du juge de la jeunesse.

Salaire

Tu peux recevoir toi-même ton salaire. Si tes parents s'y opposent, tu peux demander au juge de la jeunesse l'autorisation d'en disposer totalement ou partiellement.

Compte d'épargne

Oui. Tu peux ouvrir seul un compte d'épargne.

Compte courant

La loi ne règle pas cette question. Certaines banques acceptent qu'un mineur ouvre seul un compte courant sous certaines conditions, tandis que d'autres exigent l'accord d'un représentant légal.

Allocations familiales

Dans certaines situations prévues par la loi, elles peuvent t'être versées directement, notamment si tu es domicilié à une autre adresse que celle de tes parents et que tu as 16 ans minimum.

Déclaration de changement de domicile

Si tu quittes pour la première fois le domicile familial, tu dois être assisté par une personne exerçant l'autorité parentale. Pour les changements d'adresse suivants, tu peux effectuer seul la déclaration, mais la commune en informera tes représentants légaux.

 

Que se passe-t-il si les règles de capacité ne sont pas respectées ?

Ces règles ne signifient pas que tous les actes que tu poses seul seront automatiquement annulés.

Par exemple, si tu signé un contrat avant tes 18 ans sans être représenté par tes parents, il y a plusieurs cas de figure :

  • Tu es conscient des enjeux du contrat : Dans l’hypothèse où l’acte ne cause pas de lésion, il pourra être valable. Si cet acte te cause un préjudice, tes représentants légaux (ou toi-même si tu es majeur) peuvent en demander l’annulation. Par exemple, le juge pourra annuler l’acte s’il se rend compte que tu as pris un engagement qui n’est pas en adéquation avec tes moyens financiers ou que le prix est excessif au regard de l’objet du contrat conclu.
  • Tu n’es pas doué de discernement : Le juge pourrait annuler le contrat si tu n’avais pas de discernement ou que l’acte que tu as posé était un acte que tes parents auraient eux-mêmes du accomplir avec l’accord du juge de paix.

Par ailleurs, si un parent ou un tuteur a mal géré les intérêts du mineur ou a causé un dommage par sa faute, l’acte peut être remis en cause et sa responsabilité peut être engagée.