Rencontre avec Synergie 14 à propos des MENA (Mineurs étrangers non-accompagnés) en fugue à Bruxelles

Thomas SENGHOR (Synergie 14) et Marlene NUHAAN (Bruxelles-J)

Rencontre avec Vinciane Gillet (V), Assistante sociale et Thomas Senghor (T), Directeur de Synergie 14 pour parler du phénomène de la fugue chez les MENA (Mineurs étrangers non-accompagnés) à Bruxelles.

« Chez les MENA, il y a beaucoup de fugues, parce que ce sont des jeunes en errance, et qu’ils sont par définition beaucoup plus mobiles. »

M : Quelle est la mission de Synergie 14 ?

V : On fait de l’accueil, de l’hébergement et de l’accompagnement de MENA. Ici c’est un lieu de vie pour les MENA, qui passent un temps plus ou moins long ici, suivant le projet et le contexte d’accueil. C’est tout un dispositif pour les MENA : on travaille avec FEDASIL, l’Aide à la Jeunesse, les tuteurs et tous les partenaires, les écoles, lieux culturels, associations.

Nous avons un projet spécifique : Synergie 14 n’est pas un centre classique comme FEDASIL , nous travaillons avec des jeunes qui ont des difficultés à s’intégrer dans le dispositif. Souvent il s’agit de jeunes qui ont un problème, et FEDASIL nous demande de prendre le relais. Les difficultés se traduisent par des comportements qui ne sont pas adaptés, du décrochage scolaire. Nous offrons un cadre plutôt ‘familial’, 14 jeunes logent ici. Ensuite, nous travaillons aussi avec l’Aide à la Jeunesse qui peut nous envoyer des jeunes dans le cadre de mandats – que ce soit le SAJ (Service d’Aide à la Jeunesse) ou le SPJ (Service de Protection de la Jeunesse).

M : Et vous accueillez toujours des MENA ?

V : Ce sont pratiquement toujours des MENA, mais nous avons une définition plus large pour l’Aide à la Jeunesse. Pour FEDASIL, ce sont des MENA, mais pour l’AJ ca peut être aussi des jeunes qui ne sont pas purement MENA:  parfois ils ont un parent ou de la famille en Belgique mais que nous le prenons en charge pour une problématique liée à l’exil, à l’interculturel et la société d’accueil.

M : Quel âge ont les jeunes que vous accompagnez?

V : Ce sont des mineurs, donc jusque 18 ans, la majorité a entre 15 et 17 ans. Nous sommes moins adaptés pour des profils plus jeunes. Ici, l’esprit repose fort sur l’autonomie du jeune, nous n’avons pas les moyens d’accompagner des tous petits.  Il y a d’autres centres qui le font très bien.

M : Les MENA sont par définition en rupture, et chez vous ils sont donc doublement en rupture ? Car après la rupture avec leur pays, ils se trouvent en rupture avec le système d’accueil ?

V : Oui, le MENA est d’office en rupture, et en plus il y a des transferts multiples au niveau institutionnel, c’est chaque fois ‘couper’ et ‘recommencer’, et souvent à l’école ça ne va pas non plus. Avec le monde institutionnel encadrant il y a souvent des ruptures et un manque de confiance. Par contre, ils gardent une forme de continuité avec leur réseau mis en place dans leur communauté, et ce ne sont pas toujours des réseaux porteurs non plus. Beaucoup de jeunes ici se sont liés avec d’autres jeunes près de la Gare du Nord, donc peu importe où les jeunes soient, ils vont se retrouver dans ces lieux. Pour certains, ce sont des squats, et donc pas nécessairement des lieux d’hébergement.

« Ce sont des jeunes en décrochage, qui ont quand-même des liens dans leur communauté qu’ils maintiennent. »

M: Par quelle voie les MENA arrivent-ils chez vous?

T : Il y a 3 voies principales : par FEDASIL pour des problèmes de comportement, de décrochage scolaire. Le 2e est l’Aide à la Jeunesse qui a mandaté un jeune, et le 3e, c’est le jeune lui-même. Là ce sont des jeunes qui viennent d’Espagne ou d’ailleurs, qui ne sont pas encore dans le système, qui ont entendu parler de nous et qui viennent frapper à notre porte. Alors nous voyons comment nous pouvons l’aider, en lui donnant un toit. Il est logé, soigné et nourri. Ensuite on l’informe des démarches administratives, du fonctionnement en Belgique, et s’il est d’accord, on essaye de le faire connaître par les Autorités, afin qu’il rentre dans le système classique d’accueil. Tous les acteurs qui travaillent autour de la Gare du Nord (la Plateforme, Caritas…) peuvent nous appeler en disant : « On a rencontré un jeune, il veut rentrer dans le système, est-ce que vous pouvez l’héberger? »

Parfois, un jeune se fait arrêter par la Police des Chemins de Fer qui appelle le service de Tutelle, et celui-ci n’ayant pas de solution dans l’immédiat, nous appelle pour demander une place d’accueil.

M : Donc il s’agit d’un accueil de crise, ou d’urgence.

T : Oui. Et c’est dans l’urgence aussi lorsqu’il est dans un centre et qu’il faut le récupérer pour voir ce qui ne va pas.

V : Nous intervenons rapidement : il y a une bagarre dans un centre, on nous demande d’accueillir, on peut le recevoir vite.

T : Par contre, nous ne faisons pas que l’accueil d’urgence. Il y a des jeunes qui habitent ici, le plus longtemps possible, avec qui ensuite nous faisons un accompagnement de projet à long terme.

V : Et là c’est indéfini, jusqu’à ses 18 ans, ou jusqu’à ce qu’il puisse être dirigé vers un studio et gagner son autonomie, même avant ses 18 ans. Nous travaillons sur son autonomie, même dans la prise de décisions.

M : Au niveau filles-garçons, comment est-ce que cela se passe chez vous ?

T : Nous accueillons les 2, même si la proportion des garçons dans tous les centres d’hébergement est plus importante, elle est encore plus importante chez nous. La problématique des filles est très souvent liée à la traite des êtres humains, et elles vont vers d’autres associations, et parfois, c’est encore tabou, il y a les problèmes de réseaux de prostitution.

Lorsque les jeunes filles demandent l’asile, c’est souvent moins problématique que les garçons. Elles restent le plus longtemps possible dans un centre, tandis que les garçons demandent plus vite le transfert d’un centre à un autre. Déjà la proportion des jeunes filles dans les centres est minime, pas dans les familles bien sûr mais en tant qu’isolées. Et même sur cette proportion, le pourcentage de situations problématiques dans les centres est minime. Là, nous avons 2 jeunes filles et 11 jeunes hommes.

M : Comment se passe une journée type chez vous ?

T : Si le jeune est ici, c’est pour aller à l’école. Il se lève, prend son petit déjeuner et son picnic et se rend à l’école, pour rentrer en fin d’après-midi. Il arrive qu’un jeune passe ici temporairement, qu’il n’a pas encore d’école. Il se rend à des entretiens avec l’assistante sociale et l’éducateur,  parfois il a d’autres rendez-vous, chez le psychologue, le médecin, un avocat… et on l’accompagne. Les activités sont organisées en fonction de l’ensemble du groupe, le mercredi après-midi et le weekend il y a des sorties culturelles, du sport…

M : Et au niveau des langues, je suppose que tout le monde ne parle pas le français ?

V : Nous avons la chance de travailler avec une équipe multilingue, on parvient toujours à se comprendre, avec un peu d’anglais, un peu d’arabe, d’espagnol… si c’est vraiment difficile, nous pouvons faire appel à un service d’interprètes.

M : Et vous arrive-t-il parfois de devoir refuser des jeunes ?

T : Nous avons un total de 14 places : 10 pour FEDASIL, y compris pour des primo-arrivants, et 4 pour l’Aide à la Jeunesse. En général, on arrive à accueillir tous les demandeurs : ainsi il y a plein de jeunes Somaliens à Bruxelles qui ne sont pas demandeurs. Ils arrivent, et puis s’en vont car ils veulent aller en Angleterre ou ailleurs.

M : Donc vous n’obligez personne à devenir demandeur d’asile en Belgique.

T : Non non !

V : Ici, ils viennent sur base volontaire. Ils ont le droit de quitter notre centre. Nous offrons l’accueil à celui qui n’en a pas. Normalement, les MENA sont pris en charge par FEDASIL mais nous sommes un projet spécifique pour les jeunes qui ont du mal à s’intégrer au réseau.

« Il y a beaucoup de MENA qui restent à la rue parce qu’ils ne veulent pas rentrer dans le cadre institutionnel, et la rue ne leur apporte rien de bon. »

V: Pourquoi certains jeunes préfèrent rester à la rue ? Parfois c’est dur à cerner. Il y a des craintes vis-à-vis de tout ce qui est procédure administrative: « Est-ce que je ne vais pas me faire renvoyer dans mon pays ? » ou « Si je donne mes empreintes, quelles seront les conséquences ? »

V: Notre cadre peut leur paraître rigide: il y a des règles, on vit en collectivité, il faut rentrer avant 22h, on ne peut pas fumer dans les chambres… certains préfèrent rester dans leur réseau entre amis, avoir la liberté. Alors que nous proposons des pistes d’intégration, qui passent par l’école et l’apprentissage d’un métier. Pour certains, le déclic ne se fait pas. Ils préfèrent se débrouiller seuls.

T : Nous ouvrons une porte à ceux qui veulent s’intégrer. Nous avons parfois des jeunes qui veulent partir, vivre leur vie clandestine, et qui se disent qu’il n’y a aucun avenir pour eux, puisqu’ils n’auront de toute façon pas de documents. Ils auront bientôt 18 ans, et n’ont jamais été habitués à aller à l’école..

Ici, ce n’est pas comme un SAMU, où tu viens dormir et le lendemain matin tu t’en vas. Il y a tout un accompagnement qui est là pour chaque jeune qui se présente (qu’il ait un avenir en Belgique ou pas): nous faisons tout pour récupérer les chances du jeune. Ensuite, on peut aider à faire les démarches comme la demande d’asile, mais là nous n’offrons aucune garantie. Nous pouvons juste accompagner. C’est ça, le principal. On revient sur la fugue: il y a des jeunes qui sont placés par le Juge ici, et qui par après fuguent.

Affiche faite maison chez Synergie14

« Le jeune arrive chez nous par un mandat du Tribunal, on lui explique les conditions, on trouve une école, et puis un jour il est 22h et il n’est pas rentré : il a fugué. Alors, nous faisons le signalement, un avis de disparition. »

M : Donc ce sont des MENA, sans papiers, et qui ont été condamnés pour des faits ?

T : Oui, voilà. Par exemple un MENA a été arrêté pour vol, et le Parquet contacte le Procureur ou le Juge qui dit « Les faits sont graves, on le détient en IPPJ « . Il y reste un mois, et puis il faut un cadre ouvert pour la réintégration. Le Tribunal nous a donné un mandat avec des objectifs : scolarité, accompagnement, soin… Le jeune arrive, on lui explique les conditions, on trouve une école, et puis un jour il est 22h et il n’est pas rentré : il a fugué. Alors, nous faisons le signalement, un avis de disparition.

V : Dans ce cas-ci, ils ont été envoyés chez nous par le Juge, ils ne sont pas venus de leur propre chef, ils ont d’abord été placés en milieu fermé, et puis on essaye de les replacer en milieu ouvert pour les relancer sur de bonnes bases. Mais on voit souvent qu’une fois sorti du milieu fermé, ils disparaissent, et retournent sans doute dans le milieu qui leur est familier, avec leur réseau.

T : Ils ont été arrêtés parce qu’il y avait des faits. Sans cela, ils auraient continué dans la débrouille, donc souvent ils tombent dans le système tout simplement parce qu’ils ont été arrêtés pour des faits.

V : Les jeunes qui fuguent d’ici n’ont pas de projet clair, notamment aucune garantie d’obtenir un séjour en Belgique, ou qui ont reçu des refus, et qui parfois ont aussi des problèmes de consommation et ont besoin de sortir à certains moments, aller se fournir de la drogue. C’est plus fort qu’eux. C’est souvent pour ces jeunes-là que nous sommes emmenés à faire des avis de disparition à la Police.

M : Et vous êtes responsable du jeune ?

T : Quand on nous confie un jeune, nous sommes légalement responsables, et tout ce que nous pouvons faire lorsqu’un jeune disparait, c’est le signaler, et en informer le mandant.

V : Nous sommes obligés d’informer la Police en cas de disparition. Il y a disparition inquiétante et non inquiétante: certains peuvent avoir des troubles psychologiques liés à leur parcours, ils sont dans une grande fragilité émotionnelle. Ils ne supportent pas d’être dans une institution qui ne leur offre pas le réconfort et la sécurité ou la garantie d’un avenir. Ils partent retrouver à l’extérieur des gens de leur communauté,  pour y trouver un réconfort qu’ils ne trouveraient pas dans un centre avec un lit. Donc il y a des disparitions parfois de cet ordre-là, et ça devient plus inquiétant lorsqu’il s’agit de fragilité psychologique.

M : Vous avez parfois des jeunes qui se présentent chez vous tout en ayant des troubles psychologiques ?

T : Oui. Nous offrons un accompagnement global. Nous travaillons avec des institutions qui assurent le suivi, comme Exil, Enaden, Ulysse. Nous l’accompagnons pour de l’aide psychologique si le jeune le désire. Il y a beaucoup de jeunes qui sont demandeurs, et ils honorent leurs rendez-vous chez des psychologues ou psychiatres lorsqu’ils sont stables.

« Le cœur de l’échec de l’accompagnement, c’est ce que vous pointez du doigt: la fugue. C’est le plus grand obstacle dans l’accompagnement aux projets. »

M : Avez-vous parfois des succès, une issue positive avec des jeunes qui arrivent en détresse psychologique ?

V : Heureusement, il y en a eu quelques-uns quand-même (rires).

T : Bien sûr ! Quand le jeune est stable, on voit un résultat positif. Le suivi est continu. Quand le jeune est instable et il fugue, il rate ses rendez-vous, ça devient difficile. C’est sur du long terme. Le cœur de l’échec de l’accompagnement ici, c’est ce que vous pointez du doigt, c’est la fugue. C’est le plus grand obstacle dans l’accompagnement aux projets.

Il y a des jeunes qui viennent ici après avoir essayé en France, et finissent par retourner en France. Ça aussi, ce sont des fugues. Ils sont signalés, mais nous savons bien qu’ils vont migrer d’un pays à un autre, selon les problèmes qui se posent et l’espoir d’obtenir quelque chose – ou pas. Donc, c’est très complexe.

La fugue inquiétante, ce sont souvent des jeunes connus du système, qui ont un ancrage, et qui sont influencés. Nous avons eu les cas de jeunes qui ont fugué et qui sont revenus, ils ont tenté leur chance en Allemagne, en Suède ou en France, et après des échecs ils reviennent, nous appelons le Tuteur qui reprend le dossier et ils sont réintégrés dans le système. Ils sont connus.

M : Est-ce qu’il y a un avenir pour ces jeunes qui ont été dans d’autres pays, qui ont déjà tenté différentes choses? 

V : Tout doit être étudié au cas par cas : qu’est-ce qu’il a posé comme acte dans le pays précédent ? A-t-il fait une demande d’asile ailleurs? Est-il mineur, a-t-il un passeport ?

T : Lorsqu’il s’agit d’un mineur très jeune, il a toutes les chances de poser des actes juridiques pour avancer. Mais quand il a 17 ans et demi, le temps de démarrer, il est majeur…

V : Il y a 2 procédures pour les mineurs: la demande d’asile et la ‘solution durable’, et il faut avoir maximum 17 ans pour l’obtenir. Il y a des conditions : pouvoir produire un passeport, ce qui pose parfois problème. Pour la demande d’asile d’un mineur, il y a une plus grande bienveillance dans l’analyse du dossier que pour les adultes. Assumer la responsabilité d’un interrogatoire en tant qu’enfant, c’est lourd ! Alors ils sont accompagnés d’un Tuteur et d’un avocat…

T : Si le mineur avait fait une demande d’asile en Espagne ou en France, et qu’il arrive en Belgique parce qu’il a un parent ici, ça peut jouer.

V : Le regroupement familial existe, disons qu’un parent se trouve en Angleterre, on va essayer au niveau de l’Office des Étrangers de le regrouper avec sa famille là-bas. Tout ça doit être étudié individuellement.

« Les questions administratives n’excluent pas que le jeune soit pris en charge, logé, soigné et nourri. Il est protégé jusqu’à ses 18 ans. »

T : Beaucoup de facteurs vont jouer: le Traité de Dublin, la législation belge, ce sont des questions complexes ! Mais les questions administratives n’excluent pas que le jeune soit pris en charge, logé, soigné et nourri. Même si il a un avis négatif, il est protégé jusqu’à ses 18 ans. L’accueil, c’est l’accueil, l’enfant est protégé. Et même si il ne veut faire aucune démarche administrative, ni demande d’asile ni autre, cela n’empêche pas que les travailleurs sociaux s’occupent de lui, il a tous les droits ici d’être accueilli.

V : Après, dans son intérêt il vaut mieux qu’il réfléchisse avec nous sur comment on peut le faire rester en Belgique après ses 18 ans.

« Si j’essaie ici, et ça ne marche pas, je suis grillé pour l’Angleterre, je suis grillé partout. »

M : Une question que tout le monde se pose : pourquoi veulent-ils tous traverser la Manche ?

T : D’après mes informations, il y a le facteur culturel et historique. Les pays qui ont un passé anglophone, ont ce rêve-là. Moi, je viens d’une ancienne colonie française, et les gens là ne parlent que de la France. Depuis des années il y a des immigrations vers ce pays-là. C’est donc par rapport à un passé historique. Ça n’explique pas tout, mais c’est important. Ils y ont des oncles, des tantes. Ensuite, c’est le système sur place. L’Angleterre avait un système un peu comme aux États-Unis : quand tu rentres, tu peux rester. Ce n’est plus ainsi, mais ils ont encore cette image-là.

V : Ils ont peut-être plus de facilité à y trouver des petits boulots. Maintenant la réalité est moins drôle et ils vont être exploités et vivre misérablement. Et ils ne pourront plus sortir, donc ça devient une prison à ciel ouvert. Car si tu sors, tu ne reviens plus. Ils n’ont donc plus la liberté de bouger. Et ils resteront dans l’illégalité.

T : Jusqu’à ce qu’un jour quelque chose se déclenche, une rencontre, un mariage, qui permet d’avoir un document qui permet de voyager.

V : Et parfois c’est aussi pour les générations futures : ils se disent « J’y vais, et les enfants auront plus de chance ».

T : Les jeunes se disent aussi : « Là-bas, c’est bon, une fois que je rentre là, on ne m’ennuie plus, je travaillerai comme je veux, on ne me demandera plus de documents, je me débrouillerai, il y a de la solidarité ».

V : Il y a une forte entraide communautaire, on le voit ici aussi chez les Afghans, ils s’entraident.

T : Ils y travaillent dans des car wash, des restaurants… Mais ils ne pourront jamais quitter l’Angleterre !

V : Un moment donné tu voudrais aussi pouvoir en sortir, voir la famille, et revenir.

T : C’est une difficulté dont les gens prennent conscience après. Si tu penses aux Somaliens et les autres qui fuient la guerre, leur but n’est pas d’un jour retourner en Somalie. Eux, c’est partir, trouver de la famille, avoir une vie meilleure. Nous, on voit ces difficultés de l’extérieur, ces besoins, qui pour eux sont secondaires. En Belgique, à 18 ans, on peut t’arrêter et te rapatrier au pays. Tu ne peux pas travailler sans papiers.

Qu’est-ce que ces migrants ont besoin ? Tout d’abord ne pas être embêtés par la Police, vivre une vie normale, travailler, et le reste viendra après ! Évidemment ils seront rattrapés par le passé après, mais à ce moment-là, c’est à eux de voir. Peut-être qu’ils ont déjà tourné la page de leur pays, ils ont une famille,  des enfants, et ces enfants auront peut-être des documents anglais. Mais eux, ils sont partis, ils ont tout lâché. Et ça, c’est le principal. Aujourd’hui, quand tu vois tous ces gens à la Gare du Nord, c’est parce qu’ils se disent « Ce n’est pas la peine d’essayer ici, tu n’auras rien ».

Et ils se disent même « Si j’essaie ici, et ça ne marche pas, je suis grillé pour l’Angleterre, je suis grillé partout ».

M : Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux MENA qui débarquent, ou qui sont en errance quelque part à Bruxelles ?

T : « Essayez ! » Il y a de l’aide à leur disposition. Ils peuvent essayer de rentrer dans le système et faire une demande. L’accès à l’Angleterre devient de plus en plus difficile, et ils prennent des risques, l’Angleterre ferme de plus en plus ses portes. Ils perdent donc du temps,

V : « Essayez, mais d’abord informez-vous auprès de professionnels. N’écoutez pas uniquement ce qui se dit dans la rue. Allez voir quelqu’un qui soit habilité à vous renseigner sur votre situation individuelle. Prenez le temps de faire le point, de voir un avocat, prendre un conseil d’expert et voir si ça vaut la peine ou pas. »

T : L’Europe est la même. Si un jeune obtient des papiers en Belgique, à l’avenir il pourra toujours aller dans un autre pays. Je leur dirais : « Ne jetez pas vos chances ! »

M: Merci beaucoup.

Marlene
Bruxelles-J asbl

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