L’avis du policier: « Il ne faut pas hésiter à venir, nous sommes là pour vous aider! »

J’ai rencontré Thierry Stroomer, 1er Inspecteur Principal OPJ/APR de la Zone de Police Montgomery. Personne de référence pour tous problèmes de discrimination, il fait partie de l’équipe de ‘Point de Contact’ avec les écoles qui développe un projet pédagogique afin de sensibiliser les jeunes à différentes thématiques dont le harcèlement.

Lorsqu’on est victime de harcèlement, comment fait-on pour franchir le premier pas pour porter plainte ?  Vers qui se tourner ?

T.S.: Pour porter plainte, il suffit de se rendre à un bureau de Police. La victime est reçue par le Service de Garde dans un local isolé du Commissariat pour ne pas être dérangée lors de son audition et récolter sa déposition dans les meilleures conditions possibles. Nous faisons en sorte que la personne soit le plus à l’aise possible afin qu’elle puisse plus facilement se confier à nous.

Les policiers reçoivent les victimes, ont-ils reçu une formation spéciale pour accueillir ce type de plainte ?

T.S.: Nous avons une formation de base prévue à l’académie de Police comme Inspecteur. Par la suite certains collègues suivent des formations plus spécifiques mais en général c’est compris dans la formation de base reçue lorsqu’on rentre à la police.

Faut-il s’adresser à différents services en fonction du type de harcèlement ? 

T.S.: Peu importe le type de harcèlement, la victime sera toujours reçue à la garde. Seulement en cas de mœurs, la personne est reçue par le service famille-jeunesse. Dans des cas de faits de mœurs avec mineurs, le magistrat peut demander à ce que la victime soit filmée lors de son audition. L’audition filmée nous permet lors de son visionnage de repérer le langage non verbal de la victime.

Qu’est ce exactement des faits de mœurs ?

T.S.: Tout ce qui se rapporte aux problèmes sexuels, que ce soit le viol ou l’attentat à la pudeur, outrage aux bonnes mœurs, le partage non consenti de sexting par exemple.

Comment vous y prenez-vous pour que la victime se sente en confiance et se confie ?

T.S.: On a assez de psychologie pour laisser parler les gens. S’il faut, il y un service d’aide aux victimes composés d’assistants sociaux. Si on voit que la victime éprouve trop de difficultés, un premier entretien est réalisé par les collègues de ce service. Ils travaillent en civil et ont une formation en psychologie, ils vont pouvoir plus facilement mettre la personne à l’aise pour qu’elle puisse se libérer de ce qui lui arrive.

Que se passe-t-il une fois que la plainte est déposée ?

T.S.: Dans un premier temps, nous conseillons à la personne de prendre contact avec le service d’aide aux victimes qui va lui expliquer les procédures, comment ça va se passer par la suite.
Nous lui remettons une attestation de dépôt de plainte ainsi qu’une déclaration de personne lésée. Nous lui expliquons ensuite qu’elle peut de se constituer partie civile. À ce moment-là, le dossier va devant un juge d’instruction, et il sera mis à l’instruction. De notre côté, nous allons enquêter par rapport à la situation. S’il s’agit d’un harcèlement scolaire, nous ferons intervenir notre service Famille-Jeunesse pour pouvoir poursuivre l’enquête.

Y a-t-il un dispositif de protection pour la victime ?

T.S.: A ce niveau, nous sommes déjà beaucoup plus loin dans la procédure. Si on parvient à identifier l’ harceleur et selon la situation, il sera auditionné et poursuivi par la justice. Si le harcèlement est très grave, nous faisons un avis au magistrat et la personne risque d’être mis à disposition du parquet, c’est-à-dire que cette personne-là sera transférée le lendemain devant un magistrat qui pourra lui mettre des conditions pour sa mise en libération. Si on tombe encore plus grave dans le harcèlement, le dossier peut être directement mis à l’instruction, la personne passe devant un juge d’instruction.

En cas de harcèlement dans la vie physique, est ce que l’harceleur est maintenu à distance de la victime ?

T.S.: Il peut y avoir des mesures d’éloignement ordonnées par un magistrat. Quand ils sont mis à disposition du parquet, ils vont être relaxés sous certaines conditions dont ne plus prendre contact de quelle manière que ce soit avec la victime et une mesure d’éloignement où l’harceleur ne pourra pas se trouver à une certaine distance du domicile ou du lieu de travail de la victime.

Que se passe-t-il si l’harceleur ne respecte pas ces mesures ?

T.S.: A ce moment-là, nous constatons que la personne n’a pas respecté ces mesures et elle risque d’être à nouveau être mis à disposition, c’est-à-dire de passer devant un procureur du roi ou un juge d’instruction avec le risque d’être mis sous mandat et d’aller en prison, ce qui est déjà fréquemment arrivé.

Quelles sont les niveaux de gravité de harcèlement ?

T.S.: Cela dépend de l’état de la victime. Si on voit qu’elle est dans un état de grande souffrance, nous faisons directement un avis au magistrat

Et que se passe-t-il s’il s’agit d’un camarade de classe ?

T.S.: Comme il est mineur, c’est également le service Famille-Jeunesse qui l’auditionnera. Il risque d’être saisi par un juge de la jeunesse qui donnera des mesures allant de la remontrance jusqu’à des sanctions beaucoup plus conséquentes, voir dans les cas les plus graves un placement dans une IPPJ. Parfois être confronté à un juge marque et calme le jeune et souvent cela suffit à arrêter son comportement.

Si le.a harceleur.euse est mineur.e, en tant que parent je risque quelque chose ?

T.S.: Oui, le parent est responsable civilement pour son enfant. Pour les dédommagements par exemple, on peut se retourner vers le parent.

Y a-t-il des outils de prévention contre le harcèlement ?

T.S.: Dans notre Zone de Police, nous avons mis en place le projet ‘Point contact école’ pour aller à la rencontre des jeunes dans les écoles. Nous avons développé différents ateliers, notamment concernant le cyber-harcèlement et le harcèlement. Nous expliquons aux jeunes qu’est-ce qu’un harcèlement, qu’est-ce qu’un cyber-harcèlement, on leur explique ce qu’ils doivent faire s’ils sont victime de cela ou s’ils sont témoins. Grâce aux atelier points contact, des victimes ont fait le pas de venir déposer plainte et un dossier a été ouvert.

Nous avons aussi mis au point un atelier destiné aux parents pour les conseiller face à cette situation car bien souvent, ils ne savent pas non plus comment agir face à une telle situation.

Dans un harcèlement il y a 3 acteurs : la victime, l’harceleur et le témoin actif ou passif. Est-ce qu’un témoin risque des sanctions ?

T.S.: Tout à fait, il pourrait être accusé de non-assistance à personne en danger. Il pourrait être mis en cause pour absence non coupable en cas de harcèlement aggravé par exemple si la victime se suicide.

Quels sont les signes d’un harcèlement grave ?

T.S.: Il y a différents signes. Une personne harcelée change son comportement. Ça peut aller de la perte d’appétit, il ou elle ne veut plus aller à l’école, ses résultats scolaires en chute libre, une personne qui d’abord est très joviale et se referme totalement sur elle-même, change sa manière de vivre. Tout cela sont des signes avant-coureurs.

Est-ce qu’un témoin peut porter plainte ?

T.S.: Un témoin peut faire une déclaration, c’est-à-dire qu’il vient dénoncer des faits. Mais ce n’est pas lui qui pourra déposer plainte. Seule la victime peut porter plainte sauf si celle-ci est mineure, alors un parent/tuteur légal qui peut déposer plainte mais si la victime est majeure, il n’y a qu’elle qui puisse déposer plainte.

Maintenant nous, en tant que Police, si nous prenons connaissance d’un fait de harcèlement, nous pouvons réaliser nous-même un PV où nous informons au Procureur du Roi avoir pris connaissance d’un dossier. Mais à un moment ou un autre, il faudra que la victime dépose plainte.

En cas de cyber-harcèlement, pouvez-vous faire en sorte que les publications problématiques disparaissent de la toile ?

T.S.: Oui, tout à fait. Nous pouvons faire des signalements de profils et de publications problématiques. Nous avons des personnes de contact à qui signaler une situation délicate.

Lorsque la victime porte plainte, risque-t-elle de se faire encore plus harceler ? C’est une crainte qui freine souvent une victime, et qui la pousse à se murer dans son silence.

T.S.: Les gens ont toujours peur de représailles par la suite. C’est très rare qu’il y ait des représailles contre la victime qui porte plainte. Il ne faut pas oublier que l’harceleur va déjà passer une nuit en prison, ça va déjà le refroidir un petit peu et s’il continue, il risque gros et généralement il se calme.

Même à l’âge adulte ?

T.S.: A l’âge adulte, ce qui est plus délicat, ce sont les violences intrafamiliales. Ce sont des situations beaucoup plus graves, on passe au-delà du harcèlement et on arrive à la violence psychologique et physique. Le harcèlement fait partie d’un acte plus vaste et beaucoup plus répréhensible.

Y-a-t-il des facteurs qui font que ce phénomène s’amplifie ?

T.S.: Le manque de communication. Paradoxalement avec le développement des réseaux sociaux, nous remarquons un grand problème de communication dans les familles.

Le plus difficile à faire, c’est le premier pas. Que diriez-vous à nos jeunes lecteurs bruxellois qui sont parfois victimes de harcèlement ?

T.S.: Je leur dirais de ne pas hésiter ! Ils peuvent faire confiance à la Police. Je sais que parfois on peut avoir une appréhension par rapport à la Police, mais nous sommes là pour aider les victimes. La victime ne doit surtout pas hésiter à venir chez nous et essayer de se confier au Policier.

Avez-vous un conseil à apporter aux parents d’une victime ?

T.S.: Je dirais aux parents de ne surtout pas minimiser les faits. Pour l’enfant c’est grave, il faut le prendre en considération. Il faut venir déposer plainte si l’enfant est mineur. Et surtout parler avec son enfant. On constate souvent que les parents ne parlent pas assez avec leurs enfants…  Il faut que l’enfant soit en confiance avec ses parents pour qu’il puisse parler de ses problèmes, se confier.

Un grand merci !

Sandrine
Bruxelles-J

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