Child Focus à propos du cyberharcèlement: « Tu peux appeler notre Help Line si tu as un problème sur Internet »

Rencontre de Sandrine de Bruxelles-J avec Joëlle Carpentier et Leyla Ouechen de la Help Line de Child Focus pour parler de cyberharcèlement.

Bonjour, que faites-vous chez Child Focus?

CF : Child focus est surtout connu du grand public pour traiter les disparitions : les fugues, les enlèvements, les rapts parentaux… Nous traitons aussi tout ce qui concerne l’exploitation sexuelle de mineurs en ligne ou dans la vie réelle. Child Focus est le point de contact civil pour signaler des images à caractère pédopornographique. Nous suivons également des mineurs d’âge victimes de prostitution.

Nous avons aussi développé le Help Line de Child focus qui se concentrent sur les problèmes que les jeunes peuvent rencontrer en ligne, dont le cyberharcèlement. Ce sont rarement les victimes qui nous appellent directement mais plus souvent les parents, des intervenants scolaires ou des travailleurs sociaux. Nous traitons trois types de cas dont le harcèlement en ligne peut faire partie :

  1. le « sextorsion» :  l’extorsion via internet de faveurs sexuelles ou monétaires. Il se double le plus souvent de celui de chantage à la webcam.
  2. le « sexting » : l’acte d’envoyer électroniquement des textes ou des photographies sexuellement explicites, en français des « sextos », surtout d’un téléphone portable à un autre
  3. le « grooming »: quand un.e mineur.e d’âge est approché.e par une personne adulte qui essaye d’obtenir les faveurs de ce jeune, notamment des images à caractère sexuelle voir une rencontre physique avec un danger réel d’abus sexuel.

Le cyber-harcèlement est-il une prolongation du harcèlement dans la vie de tous les jours? Les réseaux sociaux sont-ils une caisse de résonance de la vie réelle?

CF: Pas toujours. Il est souvent lié à un groupe social (école, mouvement de jeunesse, club de sport …) mais pas systématiquement. Nous pensons que c’est dangereux de dire qu’il y a toujours du harcèlement réel en cas de cyberharcèlement. Parfois c’est uniquement en ligne que cela se passe, avec par exemple avec des jeux en ligne où les gamers ne se connaissent pas dans la vraie vie.

Nous avons eu récemment un signalement par un intervenant scolaire d’un groupe privé What’s App ou SnapChat spécialement conçu afin de lâcher un maximum d’injures, d’images et de propos choquants visant des élèves un peu plus en marge à l’école. Les intervenants scolaires cherchaient à savoir qui était à l’origine de ce groupe, étant persuadé qu’il s’agissait d’élèves de cette même école sans qu’il n’y ait des actes de harcèlement en cours dans cet établissement.

Que faites-vous dans ces cas?

CF: Nous pouvons agir sur plusieurs niveaux mais nous ne pouvons pas retrouver les administrateurs de ces groupes car c’est un travail d’investigation qui ne nous appartient pas. Nous orientons alors vers la police.

Nous avons un champs d’action pour bloquer le groupe en tant que Trusted Flagers c’est à dire que nous sommes des partenaires de confiance auprès de ces différentes plateformes (Facebook, What’s App, Instagram, YouTube, Snapchat). Nous pouvons leur demander s’ils sont en mesure d’identifier ces personnes et s’il leur est possible de signaler les noms et de les bloquer, voire de les signaler auprès des autorités.

Nous redirigeons également vers l’application Cyber-Help, créée par  l’université de Mons en collaboration avec le Federal Computer Crime Unit (FCCU). Cette application permet de prévenir et de traiter le cyberharcèlement au sein d’une école, d’une AMO ou tous groupes travaillant avec des jeunes. Son principe est d’avoir plusieurs personnes référentes spécialement formées à traiter et gérer des cas de cyberharcèlement. Il est aussi demandé à une dizaine d’élèves d’être des personnes référentes de confiance dont le but est d’être présent pour la première écoute de la victime.

Chez Child Focus, nous renvoyons les personnes vers le site cyberhelp.be et vers le CREAS (Centre de Ressource Active  pour l’Action Sociale) car c’est par ce biais que les écoles peuvent s’inscrire pour être formées à l’utilisation de l’application Cyber-Help.

Les résultats des tests effectués dans les écoles pilotes ont été près prometteurs : les chercheurs ont noté dans leurs résultats qu’il y avait un effet positif sur les possibles harceleurs, qui vont utiliser ces plateformes autrement. Ils sont moins tentés d’envoyer un message discriminant car ils se rendent compte qu’il y a un dispositif en place, ce qui les encourage à faire un usage plus constructif de ces plateformes.

Existe-t-il un profil type de l’ harceleur?

CF: Nous entendons souvent l’histoire de la victime et nous ne demandons pas le profil de la personne qui la harcèle. Nous ne faisons pas de suivi de l’ harceleur.  Nous n’avons donc pas la réponse à cette question.

Quelle est la responsabilité des parents de jeunes mineurs qui harcèlent?

CF: Le parent est responsable pour ce que fait son enfant. C’est aux parents d’entreprendre les démarches nécessaires pour arrêter le harcèlement. Nous essayons toujours de mobiliser les ressources immédiates : le centre PMS et les intervenants scolaires. Le cyber-harcèlement est une problématique récente et en pleine évolution. Il y a encore un certain inconfort, car beaucoup d’intervenants se sentent démunis face à cette thématique. Avec le dispositif Cyber-help, une solution adéquate est apportée. Nous redirigeons aussi vers certaines AMO ou le Service d’Aide à la Jeunesse. Dans certains cas, nous conseillons de faire appel à un psychologue, tant pour la victime que pour le harceleur.
Dans certains cas, si on va jusqu’à porter plainte auprès de la police, nous sommes dans le pénal notamment avec l’article 371/1 qui traite du voyeurisme avec le fait de partager des images sans le consentement de la personne. S’il y a un caractère pédopornographique avec le partage de sexting, on est également dans le pénal avec l’article 383 Bis.

Finalement, nous mettons systématiquement en garde la victime que malgré notre intervention en tant que Trusted Flaggers auprès des plateformes, il n’est pas impossible que certaines photos ou messages ressortent des mois ou des années plus tard. Une fois qu’une photo est postée sur internet, il est difficile de le récupérer. Une personne peut faire une capture d’écran et la reposter plus tard. « Internet n’oublie jamais » et la victime doit accepter cela. En cas de sexting, Il faut bien faire comprendre à la victime qu’il n’y a rien de mal à envoyer une photo de soi dénudée à son petit copain ou sa petite copine mais si on le fait, il faut réaliser que cela comporte un risque malgré tout et qu’il est impératif de le faire de la manière la plus sécurisée possible, sans qu’on puisse reconnaitre la personne ou l’endroit. Si on veut envoyer un sexting, il vaut mieux appliquer la règle des 10 minutes : envoyer cela à quelqu’un que nous connaissons dans la vie réelle, avec qui on a déjà parlé au moins 10 minutes et en qui nous avons entièrement confiance. Ici aussi il y a un travail de prévention à faire.

Et la prévention? Faites-vous des animations?

CF: La prévention est très importante! Child focus réalise des outils pédagogiques pour sensibiliser et apprendre à gérer ce genre de situation. Child Focus forme les formateurs. Sur le site de Child Focus se trouve la section Media Center où plusieurs outils pédagogiques sont à disposition.

Une personne en détresse peut-elle faire appel à Child Focus?

CF: Oui, s’il s’agit d’un cyberharcèlement. Si nous recevons un signalement, premièrement, nous écoutons la personne et ensuite nous regardons vers qui nous pouvons la rediriger. Nous ne faisons pas le suivi de la victime :  nous la renvoyons vers le 0800/95 580 ou au centre PMS et nous rapportons le souci aux réseaux sociaux en tant que Trusted Flagger.

Souvent, un jeune publie une vidéo de lui qui ne va pas contre les règles de la plateforme. Il oublie son mot de passe et ne parvient plus à l’effacer. S’il se fait harceler suite à cette vidéo, les plateformes ne les suppriment pas malgré notre signalement car elle ne va pas à l’encontre de leur politique.

Nous redirigeons aussi vers le CSEM (Conseil Supérieur de l’Education aux Média). Nous faisons en sorte de donner les outils aux victimes ou aux personnes qui les accompagnent afin qu’elles puissent faire quelque chose par elles-mêmes plutôt que d’être prises en charge. Nous tâchons de faire en sorte qu’elles aient les bons outils pour prévenir plutôt que guérir.

Comment faire pour mieux lutter contre le cyberharcèlement?

CF: Tout d’abord il faudrait une simplification et une uniformisation du moyen de rapporter une publication problématique au sein de ces différentes plateformes (Facebook, Snapchat, Google…) Ces plateformes devraient uniformiser leur procédure de signalement d’une publication problématique. En tant que victime, c’est très compliqué de gérer les différentes politiques de « report ». Même pour un professionnel ce n’est pas simple. Si une publication problématique circule sur plusieurs plateformes, il faudrait pouvoir centraliser un appel à l’aide. Pour le moment cette idée est utopique.

Child Focus a un rôle important à jouer en identifiant le problème. Les parents ou les victimes ne savent pas toujours ce à quoi ils sont confrontés entre le sexting, le grooming, le sextorsion. Il y a ici aussi un grand travail de prévention à faire pour que le jeune prenne ses précautions et sécurise ses comptes.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes de Bruxelles?

CF: Tout d’abord il ne faut ni culpabiliser, ni s’apitoyer sur le sort de la victime. Surtout dans un cas de sexting, il faut comprendre que ce n’est pas un problème en soi, que c’est bien elle la victime car on a rompu sa confiance. Le sexting fait partie de la réalité des jeunes, mais il doit être fait avec précaution.

Idéalement, les jeunes devraient pouvoir faire confiance à un adulte : un membre de la famille ou un professeur par exemple. Et il est souhaitable que les parents deviennent des partenaires de confiance pour leurs enfants. Ensuite, il est bon d’encourager et de féliciter la victime qui ose briser le silence. Les victimes ne sont pas seules!

Et par rapport aux harceleurs: les aider à prendre conscience que leurs actes peuvent avoir des conséquences au niveau juridique. Même un mineur d’âge peut être sanctionné. Ceci dit, la menace ne peut pas être la seule réaction face à un harceleur.  Il y a aussi un énorme besoin de sensibilisation positive. Le projet Cyber-help en est un très bel exemple.

Merci beaucoup!

Sandrine
Bruxelles-J

Si tu rencontres des problèmes en ligne, n’hésite pas à contacter
Child Focus au 116 000 ou de visiter leur site.

 

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