Exposition “Fake or Real” à la Maison de l’Histoire Européenne

« Dans la grisaille de la routine quotidienne, le sensationnel, le spectaculaire et le surnaturel nous permettent d’échapper à l’ordinaire. Mais le jeu de l’imposture n’est amusant que si nous en acceptons les règles. Ceux qui se laissent abuser risquent gros : argent, crédibilité, intégrité… Certains y ont laissé la vie. »

Le premier panneau de l’exposition donne directement le ton. Les fake news et la désinformation ne sont pas un phénomène nouveau ! Au travers de cette exposition gratuite et plutôt bien documentée, la Maison de l’Histoire Européenne nous propose un voyage à travers les époques à la découverte des fake news et autres falsifications qui les ont émaillées.

Le périple commence dans la Rome antique où la damnatio memoriae, l’effacement complet de l’histoire officielle, était une peine à laquelle pouvaient être condamnés certains hauts dignitaires. Peintures effacées, sculptures détruites, …Au travers de l’exemple des deux frères ennemis Geta et Caracalla, l’exposition nous montre la forme que pouvait prendre la falsification au temps de l’Empire Romain.


Le visage de Geta (en-bas à gauche) effacé après son assassinat par son frère Caracalla (en-bas à droite).

Par la suite, l’avènement en Europe du Christianisme va, durant plusieurs siècles, donner aux faux et à la falsification des accents religieux. Fausses reliques de Saints, sacralisation de médaillons obtenus lors de pèlerinages, … Le faux le plus fameux de cette période demeure la Donation de Constantin. Acte manuscrit prétendument rédigé par l’Empereur Constantin, le texte reconnaissait la primauté en Occident de l’autorité religieuse du Pape sur celles des rois. La papauté va s’en servir pendant plusieurs siècles pour justifier ses prétentions territoriales et politiques. Ce n’est qu’en 1440 que l’humaniste Laurent Valla démontrera la supercherie. Le texte était en fait un faux rédigé plusieurs siècles après la mort de Constantin pour servir les intérêts de l’Église.

La Renaissance, les grandes découvertes, l’élargissement progressif du monde connu, vont offrir aux falsificateurs de nouveaux champs d’expression, notamment les faux récits de voyage où se côtoient peuples fantastiques et créatures chimériques. L’invention de l’imprimerie par Gutenberg va permettre aux falsifications d’entrer dans une nouvelle dimension en touchant beaucoup plus de monde que par le passé.

C’est notamment le champ des découvertes scientifiques qui va être impacté par le phénomène. Parmi ces fausses découvertes, l’Homme de Plitdown occupe une place de choix. L’exposition retrace l’histoire de la découverte au Royaume-Uni de ce prétendu « chaînon manquant » entre l’homme et le singe. Il faudra plus de quarante ans pour prouver que cet « ancêtre » était en fait la combinaison de dents d’orang-outang limées et de restes humains. En 1959, la datation au Carbone 14 confirmera définitivement que cette découverte n’était en fait qu’un canular.

Après cette traversée de l’histoire humaine sous le prisme des faux et de la falsification, la seconde moitié de l’exposition s’attarde plus longuement sur l’époque contemporaine. Faussaires imitant des toiles de Maîtres, faux-monnayeurs, propagande de Guerre, …Les exemples de falsifications présentés sont nombreux. Parmi eux, on retiendra particulièrement celui des Justes qui à travers toute l’Europe ont falsifié des documents d’identité afin de permettre à des milliers de juifs d’éviter la déportation et une mort certaine. Sur un ton plus léger, on retiendra également l’opération Bodyguard, prélude au débarquement de Normandie, durant laquelle l’armée britannique a fait installer sur ses côtes des chars gonflables et des avions en carton et en toile afin de tromper l’ennemi sur la localisation réelle de ses troupes.

La dernière partie de l’exposition aborde la question du COVID-19 et de l’information sur internet de manière ludique. Grâce, à un jeu de bulles projetées sur un mur, on arrive à comprendre comment les algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux nous donnent systématiquement à voir du contenu similaire à ce qu’on a déjà consulté. On appelle ça une chambre d’écho et on en a déjà parlé dans notre interview de Brieuc Guffens. Avec le jeu Get Bad News, on peut par contre se glisser dans la peau d’un falsificateurs et créer nos propres fake news afin d’accroître notre notoriété en ligne. Enfin, une longue interview du directeur de l’EU Desinfo Lab aborde largement la question de l’information en temps de pandémie.

On ressort de l’exposition avec le sentiment d’avoir appris des choses et sans s’être ennuyé une seconde, même s’il aurait peut-être été pertinent de présenter certains aspects du phénomène sous une autre forme (film plus long, scénographie différente, …) pour amener un changement de rythme dans une exposition assez dense. Malgré cela, on te recommande fortement d’aller visiter cette exposition « Fake or Real » à la Maison de l’Histoire Européenne. C’est gratuit ! Et l’exposition est visible jusqu’au 30 janvier 2022. Pour réserver ta place, c’est par-ici !

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2 questions déjà posées

  1. Shehrazade
    21 décembre 2021

    Bonjour, je suis animatrice socioculturelle dans une maison de jeunes. Dans ce cadre, je souhaite emmener un groupe d’enfants (6-12 ans) visiter une exposition. Diriez-vous que celle-ci soit adaptée à leur tranche d’âge ?

    D’avance merci pour votre réponse.

    Répondre
    1. Bruxelles-J (informateur certifié)
      21 décembre 2021

      Bonjour Shehrazade,

      A partir de 10 ans, l’exposition nous semble accessible mais pour les plus jeunes ça risque d’être un petit peu trop compliqué. C’est idéal pour des adolescents.

      Bien à toi,

      L’équipe de Bruxelles-J

      Répondre