Carte blanche sur le décret mixité
Bruxelles-J | 31 octobre 2008Dans le quotidien LE SOIR de ce mercredi 29 octobre, tu pouvais y retrouver une carte blanche sur le décret mixité, intitulée « Décret mixité. Calmons le jeu ! ». Tu pourras la lire en intégralité ci-dessus, bonne lecture !
« Nous sommes très préoccupés. Un an après le décret inscription, le décret mixité arrive à son tour sous les feux de la rampe. On sait ce qu’il advint du premier décret, mort de la médiatisation des files. Le nouveau décret pourrait à terme subir le même sort, d’autant que nous approchons de la période électorale, propice à la mise sous pression de partis comptant des électeurs mécontents du décret.
Nous ne voulons pas que ce décret subisse le sort du précédent, même si nous le jugeons imparfait. C’est pourquoi nous voulons démonter les critiques les plus fréquentes, et proposer au Ministre d’agir sans tarder avant que le feu se propage.
« Le décret est une atteinte à la liberté de choix », entend-on dire souvent. C’est faux. Il donne au contraire à des familles moins prévoyantes ou jadis écartées pour divers motifs l’occasion de voir enfin concrétisée leur liberté de choix. Quand une liberté octroyée par la loi est virtuelle pour les uns et effective pour les autres, il ne faut plus parler de liberté mais de privilège. Le décret mixité s’attaque aux privilèges, pas à la liberté. Quand tout le monde recherche un bien supposé rare, il n’est que justice d’égaliser les chances de l’obtenir, à moins qu’on trouve juste d’attribuer au plus offrant ou au mieux né l’enseignement dit d’excellence…
« On ne peut faire dépendre du hasard le devenir d’un enfant ». Quand les écoles comptent plus de demandes que de places, le décret impose des critères explicites (parmi lesquels, une relative priorité aux élèves issus d’écoles primaires moins favorisées que la moyenne) et le recours, si nécessaire, au tirage au sort entre des candidats que les critères n’auront pas départagés. Est-ce une injustice ? Non, car le tirage au sort garantit moins d’arbitraire que n’importe quel autre critère. Dans un pays aussi libéral que les Etats-Unis, le tirage au sort est d’ailleurs une procédure politique pleinement légitime. Dans certains districts, où le choix de l’école est possible, le tirage au sort y est utilisé avec le même objectif qu’ici.
« Les enfants qui ne seront pas à leur place seront malheureux ». De quels enfants parlent ceux qui disent cela ? Des enfants issus de milieux protégés, obligés de fréquenter l’école de second choix (mais tout de même réputée) ? Des enfants moyennement doués que les familles (si imprudentes !) auront osé inscrire dans une école dite exigeante ? Ou des enfants socialement défavorisés que les familles (imprudentes elles aussi !) veulent propulser dans une école de « riches » ? Des trois enfants, ceux qui courent les plus grands risques sont les deux derniers. Leurs familles ne se plaignent pas du décret mixité. Les défenseurs du principe de liberté devraient être cohérents jusqu’au bout en laissant ces familles libres de choisir et, puisqu’ils sont soucieux du bien de l’enfant, en soutenant la direction de leur école quand celle-ci fait du soutien à ces élèves sa priorité.
« La mesure n’accroîtra pas la mixité sociale ». Les promoteurs du décret savent qu’il ne pourra à lui seul supprimer la ségrégation sociale à l’école. Il y a en effet d’autres facteurs qui contribuent à ce que des enfants fragiles ne viennent pas frapper à la porte des écoles sélectives (ségrégation résidentielle, auto-sélection,…). Cet aveu devrait plutôt rassurer les opposants au décret. Mais les concepteurs du décret ne font pas qu’aveu d’impuissance. Ils témoignent aussi de prudence en ayant évité d’imposer un niveau élevé de mixité, car une équipe enseignante habituée à un type de public ne peut, du jour au lendemain, prendre en charge efficacement un autre public. Le décret introduira un peu plus de mixité. Et la modération est plutôt, ici, gage de réussite.
« Le décret va faire baisser le niveau des bonnes écoles ». Ceux qui affirment cela pensent dès lors – en partie à raison – que les performances scolaires d’une école dépendent davantage de son public que de son corps professoral. Ce qu’ils redoutent donc, c’est que la présence d’élèves moins doués compromette les performances des élèves doués. A cela, plusieurs réponses. 1. le Parlement, unanime, a défini comme objectif du 1er degré l’atteinte des socles de compétence pour tous et non l’excellence pour quelques-uns. 2. Le décret mixité ne va pas modifier radicalement la composition des publics. 3. L’hétérogénéisation tend à profiter aux plus faibles sans handicaper les plus forts. Un bémol tout de même : les équipes enseignantes doivent être équipées pour pouvoir développer une pédagogie adaptée. Les moyens attribués au 1er degré ont d’ores et déjà été renforcés. Il est impératif que suive le soutien qualitatif aux équipes.
« Commençons par faire en sorte que toutes les écoles soient de qualité ». Assurément, il faut accompagner les écoles dont les résultats sont moins bons. Mais rappelons que ces faibles performances sont surtout associées aux caractéristiques du public scolarisé. Il y a donc de bonnes raisons de croire qu’il faut mener de front les deux actions. Après tout, depuis le temps que les discriminations positives existent, ces écoles ont rarement pu quitter la « queue de peloton » car elles cumulent les handicaps. En ne misant que sur le soutien aux écoles moins performantes, on attendra dès lors encore longtemps que toutes les écoles soient également performantes.
« Le système insécurise les familles ». Durant un temps seulement. Le 15 décembre au plus tard, toute famille ayant sollicité une inscription saura si son enfant est ou non accepté. L’insécurité se niche dans la phase précédente, quand la famille ne veut pas prendre le risque de miser toutes ses chances sur une seule école. Cela explique le recours aux multiples inscriptions. Et dès lors la critique suivante…
« Le système insécurise les écoles ». Les écoles, en raison des multiples inscriptions et de l’absence d’un système crédible pour gérer ce problème, ne connaîtront leur effectif réel qu’à la rentrée. En effet, nombre de familles ayant obtenu plusieurs places ne signaleront pas nécessairement à l’école de leur second choix que leur place est désormais vacante. Quand cette école, à la rentrée, s’en rendra compte, elle pourra puiser dans sa liste d’attente, retirant ainsi peut-être un élève d’une autre école. Et ainsi de suite. Ce phénomène n’est pas vraiment neuf, mais il risque d’être amplifié à cause du fort sentiment d’insécurité des familles.
C’est le vrai talon d’Achille du décret, la vraie bombe à retardement. C’est pourquoi nous pensons qu’il ne faut pas attendre la rentrée de septembre pour gérer ce problème ni laisser les écoles se débrouiller seules. Avant les élections régionales, il faut que chaque enfant soit inscrit dans une et une seule école. Le Ministre doit faire de ce dossier une priorité, mettre au point une technique efficace de compilation des listes et, dans la foulée, envisager pour les années suivantes un système de traitement collectif des préférences. Sinon, nous craignons que le décret ne résiste pas au choc des élections.
Or, bien qu’il ne règle pas d’un coup de baguette magique ségrégations et inégalités des résultats, il constitue un signal fort et une pièce importante d’une politique d’égalité. Monsieur le Ministre, ne prenez pas le risque d’un retour en arrière ».
Signataires :
Prosper Boulangé, secrétaire général de la CSC-Enseignement
Vincent Carette, professeur en sciences de l’Education Université Libre de Bruxelles
Pascal Chardome, président de la CGSP-enseignement
Jean-Pierre Coenen, président de la Ligue des Droits de l’Enfant
Bernard Delvaux, chercheur à l’UCL (Girsef)
Vincent Dupriez, professeur à l’UCL (Girsef)
Nadia El Mostafa, coordinatrice du Service Simplement Une Ecole
Chantal Massaer, directrice d’Infor Jeunes BNO et d’Infor Jeunes ARBAIJ
Benoît Galand, chargé de cours à l’UCL
Thierry Jacques, président du Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC),
Jean-Pierre Kerckhofs, président de l’Association pour une école démocratique (Aped)
Joan Lismont, président du SEL-SETca
Véronique Marissal, coordinatrice de la Coordination des Ecoles de Devoirs de Bruxelles asbl
Catherine Stercq, co-présidente de Lire et Ecrire
Rudy Wattiez, secrétaire général de Changements pour l’égalité (CGé)
Si elle n’est pas mieux définie que ce qu'elle ne
Michel Parys | 15 mars 2009Si elle n’est pas mieux définie que ce qu’elle ne l’est actuellement, la mixité ne peut pas constituer un vrai projet politique, n’en déplaise à ses zélateurs. Une perte de foi dans la capacité du système éducatif à changer les choses semble exister aujourd’hui, y compris semble-t-il de la part du corps enseignant. C’est pourquoi de nombreuses familles s’intéressent entre autres aux caractéristiques du public et accordent parfois moins d’importance, à l’heure du choix, à la qualité intrinsèque de l’enseignement, comme si un établissement n’était que son public.
Dans ces conditions, la mixité équivaut à un projet assez superficiel, consistant à dire qu’il suffit de “ les mettre ensemble” pour que tous en profitent et que PISA se redresse. Or cela ne suffit évidemment pas et de nombreuses études internationales montrent quels sont les éléments qui sont pertinents pour des apprentissages optimaux pour nos jeunes. En outre, la sociologie urbaine démontre de manière générale qu’il ne suffit pas de mettre les gens ensemble pour que se développent des rapports réels et constructifs entre eux.
Pour créer ces échanges, il faut donc faire quelque chose avec eux et poser les jalons d’une probable réussite: organiser des activités, éviter de créer des tensions entre bons et mauvais élèves, etc. Il convient également de souligner que la mixité est certes un idéal politique de sociabilité présent parmi les classes moyennes, à dominante intellectuelle. Et pourtant les échanges des adeptes du principe de mixité prônée à tout vent avec d’autres populations restent très peu nombreux dans les faits…! L’écart est décidément énorme entre idéal et pratiques et il est souvent nécessaire de d’abord balayer devant sa porte pour commencer à voir la propreté surgir.
On se doit donc de nourrir un discours très critique sur la mixité, notion idéalisée de manière souvent trop dogmatique et vide de réels projets humains. Aujourd’hui, la pensée sur ce thème s’essouffle et la notion court le risque de devenir simpliste et superficielle, à cause notamment des successifs décrets inscription et mixité, qui ont posé le problème sous un mauvais angle. La substance de ces décrets fut en effet réduite à un raz de marée idéologique – où la démocratie fut souvent réduite à un quasi string – qui a submergé les élèves Bruxellois et Brabançons en leur attribuant, malgré eux et l’aval de leurs parents, un rôle de cobayes. Résultat, les inscriptions ne sont pas encore clôturées et alors que la période de CEB approche, tout le monde semble attendre Godot… Le décret encadrement différencié apparaît avoir de meilleures chances d’effets sur le terrain pour soutenir les élèves défavorisés mais attendons les faits…
Il est urgent de prendre des décisions responsables par écrit et de les voter rapidement pour asseoir les inscriptions 2009 à Bruxelles et dans le Brabant Wallon, les enfants ne pardonneraient sans doute pas à ceux qui ne leur permettrent pas d’entrer dans la période du CEB sereins et rassurés quant à la suite de leur parcours…
Bonjour, Nous vous remercions pour votre commentaire. Tout comme vous, nous
Infor Jeunes Laeken | 17 mars 2009Bonjour,
Nous vous remercions pour votre commentaire. Tout comme vous, nous saluons les décisions prises par le gouvernement de la Communauté française dans le cadre du décret portant sur l’encadrement différencié.
Toutefois, il convient de remarquer qu’un tel décret ne s’attaque pas directement aux mécanismes de ségrégation qui s’exercent dans notre système d’enseignement, il ne peut que produire des effets compensatoires, et c’est bien pour cela qu’il ne suscite aucune controverse – du fait qu’il maintient le statut quo quant à la situation actuelle de marché scolaire et à son absence de régulation.
En revanche, le décret Mixité a le mérite d’introduire plus d’équité et de mettre les gens sur un plus grand pied d’égalité, mais seulement à l’entrée, aux moments des inscriptions. Ce n’est donc pas suffisant, et c’est la raison pour laquelle le décret Mixité ne doit pas être considéré comme un élément isolé, mais comme une pièce d’un dispositif plus large de refonte du système qui implique notamment : une régulation beaucoup plus forte, un prolongement du tronc commun jusqu’à l’âge de 16 ans, une revalorisation des options techniques et professionnelles, ainsi que la constitution d’un réseau unique d’enseignement !
L'équité à l'entrée, c'est surtout dès les maternelles et les
Michel Parys | 19 mars 2009L’équité à l’entrée, c’est surtout dès les maternelles et les primaires qu’il faut l’établir.
Il est illusoire dans le cadre actuel de penser que le niveau d’études des jeunes entrant en secondaire est équivalent. Les écoles ne SONT pas identiques et le niveau des élèves n’est donc pas identiques.
Il faut que TOUTES les écoles aient des projets de qualité.
Nous sommes donc en désaccord sur l’égalité absolue à avoir entre les élèves. Ceci aussi est illusoire. Chaque être étant différent et la preuve est que deux enfants d’une même famille suivront des parcours différents…
Le régulation plus forte, je ne pense pas que la rigidité soit un élément stimulant. Une régulation peut être réfléchie serait mieux adaptée. Le tronc commun. En principe, il l’est déjà jusqu’à 14 ans. Nous voyons les résultats et les différences. Concentrons nous d’abord sur l’efficience du tronc actuel et nous verrons ensuite.
TOUT A FAIT d’accord avec la revalorisation des options techniques et professionnelles. Mais je suis contre une réseau unique d’enseignement. Le pilotage de l’enseignement est nécessaire à travers les réseaux mais la constitution garantit la liberté d’enseignement et d’organisation d’écoles. Par contre, fusionner les réseaux officiels, pourquoi pas comme premier pas de réforme organisationnelle. Et surtout éviter que le P.O d’un établissement soit également pouvoir régulateur. Ceci est conflictuel et ne permet pas d’assurer un pilotage correct…
Nous relevons avec intérêt le fait que vous soyez favorable
Infor Jeunes Laeken | 21 mars 2009Nous relevons avec intérêt le fait que vous soyez favorable à la mise en place d’une régulation externalisée. L’enquête, commanditée par deux associations hostiles aux décrets Inscription/Mixité et publiée le 11 mars dernier, a livré quelques indications utiles, à savoir notamment qu’une majorité des sondés (70%) définit les deux critères prioritaires suivants pour effectuer le choix d’une école : 1) sa qualité 2) sa proximité géographique. Or, pour pouvoir véritablement concrétiser sur le terrain ces attentes exprimées par les parents, il faut impérativement endiguer la logique de marché scolaire et de compétition entre établissements qui prévaut actuellement. Et pour ce faire, il n’y a pas trente-six solutions : seule l’instauration d’un système de gestion collectif des inscriptions permettra d’atteindre cet objectif.
Etre favorable à une régulation "réfléchie", ne veut pas dire
michel parys | 23 mars 2009Etre favorable à une régulation “réfléchie”, ne veut pas dire que je pose mon assentiment d’une gestion collective et centralisée des préférences.